lundi 8 décembre 2014

EXTRAITS Acte 2



Personnages présents dans les extraits : 
1.        Gontran, le chef de service.
2.        Bernard, un cariste  
3.        Colette, une trieuse
4.         André, dit Dédé, un  palettiseur
5.        Olivia, une trieuse
6.        Lucien, le chef d’équipe
7.        Denis, l’intérimaire qui va terminer son contrat
8.        Marina, l’intérimaire qui débute
9.        Renée, la femme de ménage
10.      Clyde, le braqueur
11.      Bonnie, la braqueuse




Acte 2 Scène 1
(Bernard, Gontran)

La salle est vide. Les tables sont à leur position de départ. Bernard entre avec un journal et regarde la salle.

Bernard-  Où qu’il est le Dédé ?

Il hausse les épaules avant d’aller jusqu’au frigo. Il sort une pomme et une bouteille de jus de fruits. Il prend un verre et un couteau sur l’évier et va s’installer sur la table à cour fond de scène.
Il aperçoit le journal d’André sur la table voisine.

Bernard-  Tiens, il est parti aux toilettes sans son journal ?

Il le prend et l’ouvre à une page avant d’éplucher méthodiquement sa pomme.

Un long moment. Gontran Villeneuve entre précipitamment et est surpris de croiser Bernard.

Gontran-  Bernard ? Qu’est-ce que tu fais là ?
Bernard-  Et toi ? Qu’est-ce que tu fais là ?
Gontran-  C’est déjà la pause ?
Bernard-  Non, le tapis de triage est encore en panne. J’ai appelé la maintenance, ils viennent d’ici une heure. Donc je suis monté ici plus tôt.
Gontran-  Ah ? Et…tu…tu vas rester longtemps ici ? Avec ta pomme ?
Bernard-  Le temps de la pause. Les autres finissent de trier ce qu’il y a sur le tapis et viennent aussi. André doit être aux toilettes, il était parti bien avant moi.
Gontran-  Ah ! C’est que ça ne m’arrange pas moi…j’attends quelqu’un…
Bernard-  Tu as un rendez-vous dans la salle de pause ? Qui c’est ?
Gontran-  Trois fois rien…j’appelle pour annuler.

Il s’avance face public à jardin en sortant un portable de sa poche. Bernard hausse les épaules avant de se replonger dans son journal. Gontran compose un numéro et attend. Il a une attitude impatiente et paraît tracassé.

Gontran-  Merde, c’est occupé ! Évidemment !
Bernard-  Un ennui ?
Gontran-  Non, non…
Bernard-  Au fait, tu avais entendu parler du plan de licenciement qu’on nous a annoncé hier ?
Gontran- (Toujours face public) Pas vraiment. Des bruits couraient mais bon.
Bernard-  Et notre service va être touché ? Agathe ne t’a rien dit là-dessus ?
Gontran-  (sans se retourner) Pourquoi Agathe me dirait-elle quelque chose ?
Bernard-  Elle est responsable du personnel. Elle a dû forcément en avoir eu vent avant les autres.
Gontran-  Oui sans doute… (Son regard semble être attiré par quelque chose en contrebas) Dis-moi Bernard…
Bernard-  Oui ?
Gontran-  C’est normal que deux types se promènent dans l’entrepôt, déguisés en Père Noël ?
Bernard-  Quoi ? Qu’est-ce que tu racontes ?

Bernard se lève et vient près de Gontran.

Gontran-  Là…En bas…
Bernard-  (Les apercevant) C’est quoi ce cirque ?
Gontran-  (Sidéré) C’est moi qui ai la berlue ou l’un d’eux tient un fusil ?
Bernard-  La vache ! Et je crois bien que le deuxième a un revolver.

Ils se déplacent de jardin à cour, semblant suivre la trajectoire des deux individus en contrebas. Ils sont de plus en plus apeurés.

Gontran-  Mais qu’est-ce qu’ils font ? Mais qu’est-ce qu’ils font ?
Bernard-  La vache ! Ils braquent les filles et les deux intérimaires !
Gontran-  Regarde !  Lucien vient de sortir du bureau !
Bernard-  La vache ! Ils le mettent en joue avec les autres !
Gontran-  Merde ! Ils nous ont vus !

Ils s’éloignent tous les deux comme un seul homme du bord de scène complètement choqués, se cramponnant l’un à l’autre.

Bernard-  La vache ! J’crois bien qu’ils vont monter ici !
Gontran-  L’un des deux a pointé son doigt vers la salle pause ! Tu l’as vu, hein ? Tu l’as vu ?
Bernard-  La vache ! La vache !
Gontran-  Mais qu’est-ce qu’on fait ? Mais qu’est qu’on fait ?
Bernard-  La vache ! La vache ! La vache ! La vache !
Gontran-  Arrêtes de dire « la vache ! », ça nous aide vraiment pas, merde !
Bernard-  La vache ! C’est toi le chef après tout ! Va leur parler !
Gontran-  Moi ? Mais t’as vu la taille de leur calibre ?
Bernard-  Ouais j’ai vu ! Ah la vache ! Ton portable ! Les flics ! Faut appeler les flics !
Gontran-  C’est le téléphone d’entreprise ! Je ne peux appeler l’extérieur que d’un fixe !
Bernard-  Ah La vache !

Il va récupérer son couteau et revient en vitesse près de Gontran.

Gontran-  C’est ça ! Tu pourras en taillader un pendant que  l’autre te descend. Bravo, Bernard !
Bernard-  Oh ! T’as une meilleure idée toi ?
Gontran-  Le placard ! Planquons-nous dans le placard ! (on entend du bruit derrière les portes battantes de l’entrée. Aaaaah ! Ils arrivent !

Ils reculent jusqu’au coin cuisine mais sans se cacher derrière la paroi. Ils resteront à portée de vue.

Acte 2 Scène 2
(Bernard, Gontran, Colette, Olivia, Marina, Denis, Lucien, Bonnie, Clyde)

Tout le monde débarque en trombe dans la salle de pause, les femmes poussent des petits cris apeurés. Les deux braqueurs déguisés en Père Noël les mettent en joue nerveusement.

Denis-  Bon, ça suffit quoi ! Ne poussez pas non plus !
Clyde-  Ta gueule le gringalet ! Tu vas dans le fond avec les autres !

Les deux braqueurs aperçoivent Bernard et Gontran. Ils les mettent en joue en même temps.

Bonnie-  Toi ! Lâche ce couteau immédiatement !
Bernard-  (Lâchant le couteau) Ah la vache ! Ce n’est pas à moi ! Ce n’est pas à moi !
Bonnie-  Ta gueule ! Avec les autres aussi ! Tout le monde à genoux, mains sur la tête devant cette vitre, là !

Tout le monde se met en ligne face public sur le bord de scène, dans la position indiquée.

Clyde-  Ça c’est bien parlé chérie ! Ah ! On y voit déjà plus clair dans cette salle. !
Colette (A Olivia)-  Je rêve où il l’a appelée « Chérie » ?
Olivia-  Evidemment, c’est une femme là-dessous !
Bonnie-  (Ramassant le couteau) Je vous entends  les deux perruches ! Y’avait pas de costume de Mère Noëlle alors on a fait comme on a pu.
Olivia-  Je vous assure que vous le portez très bien ! Au premier abord, on y croirait !
Bonnie-  Ça va ! Fermez-la maintenant ! (À l’autre braqueur en posant le couteau sur la table à jardin fond de scène) Bon, « Clyde » qu’est-ce qu’on fait à présent ?

« Clyde » ne répond pas, semblant ne pas avoir entendu. Elle le bouscule du bout de son revolver.

Bonnie-  Oh ! « Clyde » !  Qu’est-ce qu’on fait ?
Clyde-  « Clyde »… Ah oui, c’est vrai c’est moi.
Bernard (À Denis) -  Clyde, c’est un drôle de nom pour un Père Noël.
Denis-  C’est un pseudo. Il a appelé la femme « Bonnie » tout à l’heure.

Bernard ne semble pas comprendre.

Denis-  BON-NIE ! « Bonnie and Clyde » ! Le film avec les deux braqueurs ! La chanson de Gainsbourg !
Gontran (Dépité)-  Ce n’est pas vrai, c’est un cauchemar !
Clyde-  Bon, la ferme tous ! Laissez-nous réfléchir !
Bonnie-  Alors comment on procède ? C’est quoi la suite du plan ?
Clyde-  La suite du plan….Oui….la suite du plan….
Bonnie-  Tu as bien un plan ?
Clyde-  C’est que…
Gontran (À Lucien) -  Il n’a pas de plan.
Lucien – Non, il n’a pas de plan.
Bonnie-  On vous a dit de la fermer ! Bien sûr qu’il a un plan ! (À Clyde) Hein ? Tu as un plan ?
Clyde-  (baissant son fusil avec lequel il tenait en joue les autres) Vois-tu, on a maitrisé assez facilement le gardien à l’entrée, chérie…
Bonnie-  Oui, ça il a fait dans son froc !
Clyde-  (Plus bas) Et j’me voyais pas aller plus loin que le poste de garde en fait ! Ni qu’on prenne autant de monde en otage !
Denis (A Bernard) -  Il n’a pas de plan.
Bernard – Non, il n’a pas de plan.
Clyde-  (les remettant en joue) Si ! On a un plan ! Et même un sacré putain de bon plan ! Vous croyez qu’on s’introduirait dans votre boîte si on n’avait pas un plan ?

Silence total des autres. Marina qui n’avait rien dit jusqu’à présent lève timidement un doigt.

Bonnie-  Qu’est-ce que tu veux toi ?
Marina-  Excusez-moi…si je peux me permettre…Vous n’êtes pas venus pour nous mettre à genoux dans la salle de pause. Vous êtes venus pour voler quelque chose.
Gontran – A part le distributeur, il n’y a pas d’argent ici.
Clyde-  C’est ça ! On est venu pour voler quelque chose ! Mais ce n’est pas l’argent !
Lucien  -  Qu’est-ce que vous voulez alors ?
Bonnie-  Ôtez moi d’un doute ! On est bien dans l’usine de rêves ici ?
Lucien  -  Euh… pas tout à fait. Nous sommes le service des invendus.
Clyde-  C’était quoi dans les cartons en bas alors ?
Lucien  -  ….euh…les invendus.
Colette (A Olivia)-  Il n’a pas l’air d’avoir inventé l’eau chaude le Père Noël…
Olivia-  Tais-toi ! Ne vas pas les énerver !
Bonnie-  Les invendus de quoi ?
Gontran – Les rêves ! Les rêves invendus ! C’est ici qu’ils reviennent !
Bonnie-   Quoi ? Ils sont cassés ?
Gontran – Non, ils ne se vendent pas. Ce sont les rêves invendus. C’est pour cela que l’on appelle le service celui des invendus.
Bonnie & Clyde (approuvant en même temps) – Ah…Le service des invendus…

On perçoit du bruit en coulisses, du coté du placard à balais. Seul, Clyde semble l’entendre.

Clyde-  Chut ! Plus un mot ! Le premier qui bouge, on le descend. (Doucement à Bonnie) Il y a quelqu’un là-dedans !

Bonnie recule de quelques pas .Il s’approche doucement de la porte et se prépare à l’ouvrir vérifiant avant que Bonnie le couvre à l’autre bout de la salle.



Acte 2 Scène 3
(Tous sauf Agathe)

La porte s’ouvre subitement et Renée bondit en donnant un coup de manche à balai sur le bras de « Clyde ». Tous les otages sursautent mais restent à genoux.

Clyde-  Aie ! Mais qu’est-ce que …. !

Le fusil tombe. Renée plaque l’homme sur une table avec son balai. Bonnie ne sait pas quoi faire. André sort à son tour et ramasse l’arme pour le pointer vers « Bonnie » mais celle-ci a enfin réagi et a attrapé Marina qu’elle menace de son revolver. Les autres qui s’étaient en partie retourné en attendant les bruits de lutte ne bougent plus, tétanisés par la peur.

Bonnie-   Ça suffit les deux rigolos ! Toi la furie ! Lâche mon mari ! Et toi pose ce fusil sinon  je bute la gamine !